MYTHOLOGIES

Les échos-monde

C haque individu et chaque communauté se forment les échos-monde qu’ils ont imaginés, de puissance, de jactance, de souffrance ou d’impatience, pour vivre et exprimer les confluences. Chaque individu est fait de cette musique, et chaque communauté aussi. Et la totalité réalisée des individus et des communautés aussi.

Les échos-monde nous permettent ainsi de pressentir et d’illustrer les rencontres turbulentes des cultures des peuples, dont la globalité organise notre chaos-monde.

Édouard Glissant – Introduction à une poétique du divers.

Les lieux communs

Ces « échos-monde » et ces « lieux-communs », éparpillés partout dans le monde grâce aux médias internationaux contrôlés par le capital international, partent du lieu et retournent à lui, en circularité, et l’action communitaire se développe et se perfectionne dans ce processus de la Relation. Les média (les chaînes de télévision, les vidéos, les journaux, les films, l’internet, etc.), transforment ainsi lentement les anciens agents actifs qui agissaient sur les communautés, en agents neutres dont la fonction manipulatrice consiste à camoufler les forces véritables de la Totalité-Monde, que Glissant nomme « les lieux communs » (sans trait d’union) et les « invariants ».

Aujourd’hui, les littératures des peuples doivent capter et tisser la trame de ces « lieux communs » et de ces « invariants » pour les faire émerger dans la Totalité-Terre, élaborant ainsi la pensée poétique. Elles contribueront ainsi à faire prendre conscience aux humanités que la connaissance à travers l’imaginaire doit irriguer la pensée rationnelle, étant donné que celle-ci s’est montrée incapable d’élaborer le bonheur de tous les hommes, et de faire que les humanités « donnent avec », c’est-à-dire confluent, convergent tout en respectant la richesse de la diversité des cultures, et en s’enrichissant de cette diversité. Glissant donne comme exemple de lutte et de résistance sollicitant aujourd’hui l’engagement des écrivains, la question linguistique, c’est-à-dire, la menace de mort qui pèse sur le divers des langues, menace qui constitue à notre époque historique l’un des « invariants » des peuples de la planète :

« Écouter l’autre, les autres, c’est élargir la dimension spirituelle de sa propre langue, c’est-à-dire la mettre en relation. Comprendre l’autre, les autres, c’est accepter que la vérité d’ailleurs s’appose à la vérité d’ici. Et s’accorder à l’autre, c’est accepter d’ajouter aux stratégies particulières développées en faveur de chaque langue régionale ou nationale des stratégies d’ensemble qui seraient discutées en commun. Il me semble que dans le panorama du monde actuel, c’est la mission du poète, de l’écrivain et de l’intellectuel que de réfléchir et de proposer, s’agissant de toutes ces coordonnées, de toutes ces relations, de tous ces entrelacs de la question des langues ».

 
Enilce Albergaria Rocha – La Notion de Lieu chez Édouard Glissant.

La Pierre-Monde

J’appelle ainsi la capacité d’un imaginaire de diversité à mettre en œuvre la préservation harmonieuse des diversités préservées. Quand on examine ce monde dans ce qu’il devient, ces mélanges et ces alchimies incessantes, et ces nouvelles valeurs qui vont se mettre en place, on comprend qu’il devient imprévisible. L’alchimie des Lieux, harmonisés ensemble dans un même destin, ne peut permettre à une seule partie de déterminer le mouvement de l’ensemble. Un petit peuple, un évènement dans un coin reculé peut aujourd’hui se révéler plus déterminant pour les humanités que ce qui se passe à Berlin ou à New-York.

Nous devons apprendre, par la Diversité, à nous opposer aux forces de standardisation qui existent dans la mondialisation. Il nous faut considérer le monde non pas comme une table lisible, mais comme une entité aussi opaque et imprévisible (mais potentiellement porteuse de plénitude) que l’ancienne pierre philosophale des alchimistes.

Apprendre à vivre dans l’énigme du monde, ce que j’appelle : la Pierre-Monde.

 
P.Chamoiseau – Entretien sur le site potomitan.info.

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